Nicole Garcia : "Pendant le tournage, seul le producteur, Alain Attal, voyait ce que nous tournions. Je n'arrivais pas à regarder en arrière - le film allait plus vite que les rushs. Avec Frédéric Bélier-Garcia sur la direction d'acteurs, nous ajustions chaque jour la scène à tourner à la sensation qui nous restait des précédentes journées de tournage, comme on doit avancer, je suppose, dans un tableau impressionniste, ou dans la composition d'un opéra où la ligne de chaque voix doit être sans cesse pensée pour le lyrisme du tout. Avec Emmanuelle Castro, on a gardé le plus précieux des scènes, dans un climat de grande confiance, et d'alliance. Ses idées, mes idées, ses propositions que je contrariais ou acceptais, constituèrent un maillage où peu à peu le spectre même du film est apparu. Dans les films dits choraux, un personnage bénéficie toujours de la scène qui est avant lui, de la tension dont elle le charge. Un travail de l'écrit que je me suis appliquée à poursuivre pendant le temps du tournage et du montage."
Dossier de presse
Nicole Garcia : "Je commence toujours un film sur le rêve personnel d'une scène, d'un éclat de situation, qui me semble riche d'un mystère, d'une ambiguïté, d'une histoire que l'on peut aller chercher en amont ou en aval de cette scène. Je livre ce rêve en confiance à Jacques Fieschi et Frédéric Bélier-Garcia. J'accueille les leurs, on parle. Tout commence là. Un peu comme une photo ou un tableau énigmatique dont il faudrait retrouver le sens, imaginer le récit dont cet instantané est tiré. Pour 'Selon Charlie', se sont d'abord imposés deux personnages, liés par regard dans une cour de lycée : Pierre et Matthieu. Deux hommes qui se retrouvent de part et d'autre d'une vie, d'une ambition qu'ils avaient rêvée ensemble, et qui s'étaient perdus... Je me suis passionnée pour l'énigme de leur relation. Mais quand j'ai commencé à entrevoir en quoi elle était productive de fiction et d'affects, je me suis rendue compte que ce 'mystère' me ramenait trop du côté de mes films précédents, en me mettant dans ces thèmes du secret et de la culpabilité, que j'avais déjà creusés. J'ai préféré faire de ce duo initial une des figures de l'histoire et aller chercher ailleurs le déploiement du sujet sensible que j'entrevoyais... comme si la mosaïque était la meilleure technique pour peindre le motif que je voulais, encore de manière diffuse, traiter. Comment les hommes peuvent se tromper, emprunter une histoire, un rêve, un fantasme qui n'est pas le leur, et comment ils peuvent, dans cet égarement, remonter à eux-mêmes. Raconter ça dans des éclats de vie, des fragments biographiques, qui ensemble racontent le même effort."
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